
Depuis quelques temps, un sujet est au centre de cette campagne présidentielle: le chiffrage des projets. Combien ça coûte? Qui va payer? Et la dette? Alouette?
Aussi, cette chronique sera écrite sous le signe du Bertrand Renard.
A gauche: 10 millions.
C'est le nombre de téléspectateurs qui ont suivi Ségolène Royal sur TF1. Plus fort que Sarkozy. Plus fort que Jack Malone, dans la série Portés disparus, diffusée en même temps sur France 2.
D'ailleurs, question Portés disparus, la candidate socialiste s'y connaît puisqu'elle a retrouvé Lionel Jospin cette semaine.
A droite: Quatre.
C'est le nombre de points que Sarkozy a perdu dans les sondages. Trop de surplace et trop d'autosatisfaction sans doute.
Pour relativiser cette baisse, Sarkozy déclare"De toute façon, jamais je ne me suis dit que l'élection était gagnée".
Ah oui? Mais pourquoi a-t-il adressé à François Hollande, une semaine plus tôt "Mes condoléances", sourire aux lèvres?
Et cette autre petite phrase, prononcé avec hilarité "Je commence à bien la sentir, cette élection"?
Bref.
Comme un malheur n'arrive jamais seul, on a appris cette semaine que Vincent McDoom rejoignait le comité de soutien de Sarkozy.
Mes condoléances.
Au centre: 21 milliards.
C'est le chiffrage du programme de Bayrou.Un tiers de moins que celui de Ségolène et celui de Sarkozy. Objectf: réduction de la dette, rigueur. Du coup, pas d'annonce plus emballante que ça.
Et Bayrou d'enfoncer le clou en annonçant qu'il choisirait comme Premier Ministre un "Jacques Delors jeune".
Pfiou.
Cinq ans avec Bayrou, c'est 1825 dimanche pluvieux enfermés chez Grand-mère devant Drucker. On vous aura prévenu.
A l'extrême-droite: 450.
C'est le nombre de parainnages que Le Pen avoue avoir récolté pour l'instant (il en faut 500 pour se présenter).
Marine Le Pen a dénoncé une manoeuvre visant à empêcher son père d'avoir ses signatures. En effet, selon elle, les maires appelés à signer reçoivent des coups de fils anonymes attaquant Le Pen sur sa santé et annonçant grosso modo qu'il ne sera pas assez résistant pour tenir jusqu'en mai (il serait atteint d'un cancer).
Marine Le Pen attribue ces coups bas à De Villiers.
Le problème, c'est que c'est difficile d'accuser l'autre de sentir la merde quand on a fait carrière au fond de la cuvette des toilettes.
A l'extrême-gauche: 160 milliards.
C'est le coût du programme annoncé de José Bové. Tout le monde se casse la tête à faire des économies et annoncer des chiffrages crédibles.
Bové, lui, il s'en fout, il sait qu'il ne sera pas élu. Pas besoin d'être crédible.
Enfin, 160 milliards, quand même...S'il se tient à cette logique "rien à foutre de tout", Bové devrait bientôt participer aux débats télévisés en slip.
(Post Scriptum: N'oubliez pas de répondre au sondage, là à côté, en haut à gauche...)

Alors c'est lui, le Eric Besson, le Monsieur Economie du PS qui a claqué la porte et qui a réglé ses comptes hier, en conférence de presse, à la radio, à la TV. En attendant OK Podium, Chasse et pêche et Radio Vatican.
Le voilà, donc, avec sa gueule de scout, qui vient fournir de beaux arguments à la droite pour flinguer Ségolène Royal. Le social traître.
Et pourquoi serait-il parti? Selon lui, parce que le projet est flou, que les socialistes vont dans le mur et la campagne est mal foutue.
Pourquoi a-t-il fait le tour des médias? Selon lui, parce que l'entourage ségoléniste s'est mal comporté, qu'ils ont même proféré d'immondes attaques personnelles contre lui, à l'entendre.
"Et moi, disait-il sur le plateau de Denisot, je suis du Maroc alors je supporte pas qu'on touche à ma famille".
Ben oui, alors que les luxembourgeois adorent qu'on insulte leur mère. Bienvenue au pays des clichés.
Mais quelles insultes immondes au fait? Vous connaissiez Eric Besson, vous? Vous avez été témoin d'une gigantesque cabale contre lui? Moi qui lit la presse avec assiduité, je n'ai rien lu de la sorte.
Alors, au bénéfice du doute, peut-être qu'effectivement, Julien Dray a chopé Eric Besson dans les couloirs de l'Assemblée et lui a dit "Hé, Castor Junior...J'te nique ta mère, ok?". Mais bon, médiatiquement, ça m'a échappé. Et en général, l'expression veut qu'on lave son linge sale en famille.
Bien des choses laissent perplexes dans l'argumentation d'Eric Besson. D'abord, sa façon de dire "Au début, je voulais partir discrètement".
Ouais, compte-là dessus, coco. Le monsieur économie qui quitte le PS en pleine campagne présidentielle, au moment pile où on parle de chiffrage de projet, ça ne pouvait être que discrètement....Aussi discret qu'une boule à facette dans un funérarium.
Quand Eric Besson ajoute qu'il ne peut pas être accusé de quitter le navire en pleine tempête, alors que la situation de Ségolène s'améliore (ben ouais, hé), c'est là aussi: "joue moi du pipeau, Ricou". Quand il est parti, jour de la Saint Valentin, les sondages donnaient le score le plus bas à Ségolène.
Non seulement il s'est barré en pleine tempête mais en plus, avant de se tailler, il a scié le mât et chié dans la casquette du commandant.
En vérité, on comprend mieux quand on sait que Besson a deux très bons amis: Jospin et Sarkozy. Or, on sait qu'il a vu plusieurs fois le premier avant de prendre sa décision et qu'il a écrit au second dans le même temps.
Une lettre que s'est procurée Le Canard Enchaîné. Etrange lettre.
Besson prépare une jolie reconversion et s'y excuse d'avoir qualifié Sarkozy, quelques semaines plus tôt, de néo conservateur américain à passeport français.
Mais il faut voir comment: "Tu sais, je suis catalogué dans mon parti comme philosémite et défenseur intransigeant de la sécurité d'Israël", lui dit-il.
Et alors? Est-ce à dire que, puisqu'il est pro-israëlien, lui aussi est proche des néoconservateurs? Quel rapport entre américain et philosémite? Il est Juif, Sarkozy? Israëlien?
Quel rapport?
En vérité, je crois qu'Eric Besson fait partie de ces politiques qui disent beaucoup et ne croient en rien, capables de faire un tour sur eux-même, d'aller à gauche, à droite, ailleurs, là où le vent les portera.
Le seul coup bas que je vois ici, c'est celui que porte Eric Besson contre son camp et que rien de sérieux ne justifie.
Bon débarras.
Vu dans Charlie Hebdo:


Amalia est née après vingt-deux semaines de gestation, à Miami. Un record.
24 centimètes et 285 grammes. Son pronostic vital est jugé excellent.
