
Il y a encore quelques mois, je me lamentais sur l'état du cinéma français. Ces derniers jours passés dans les salles obscures m'ont rassuré sur le sujet. Notamment ce très beau film d'André Techiné.
L'histoire se passe dans les années 80. Adrien (Michel Blanc), médecin, rencontre le jeune Manu (Johan Libéreau). Ils couchent ensemble, ont une histoire.
L'été, Adrien présente Manu à un couple d'amis, Sarah (Emmanuelle Béart), écrivain qui supporte mal sa maternité et Mehdi (Sami Bouajila), flic.
Manu s'éloigne d'Adrien et couche avec Mehdi. Ils s'aiment.
Et puis Manu attrape une étrange maladie, dont on commence à entendre parler, à cette époque, et qu'on n'appelait pas encore le SIDA.
Comme film d'amour, Les témoins est très beau. La lumière d'été tourmentée éclaire la passion ravageuse, servie par un casting masculin absolument parfait.
Comme chronique de l'arrivée du SIDA, Les témoins ressemble à un thriller. Tendu, stressant, rapide, grave et bouillonnant. L'apparition du virus, en Occident, est montrée dans toute sa douleur et son mystère.
Le dernier quart d'heure du film flotte un peu plus, comme une errance mais aussi comme une bouffée d'espoir. A ne pas manquer.

Oh la la, désolé, petit dérapage, je suis entré totalement par erreur dans la salle qui diffusait Hellphone, j'ai vu de la lumière, je me suis dit "Tiens, qu'est-ce qui se passe ici?" et boum, je me retrouve devant le film, dis donc.
Bon, personne ne me croit?
Ok, donc, dépassons cette petite honte qui consiste à avoir cédé aux sirènes du film teenage, que celui qui n'a jamais fauté me jette le premier Biactol.
Hellphone est le troisième film de James Huth, que l'on connaît pour le chiant-chiant Serial Lover (avec Laroque et Dupontel) et le non moins chiant Brice de Nice (malgré ses 4 millions d'entrées, je n'ai pas peur de le dire).
Comparé à ces deux-là, le film est mieux. Il raconte l'histoire d'un adolescent qui se procure un téléphone portable démoniaque, sorte de génie de la lampe avec des boutons dessus. Ouais. Au départ, le gentil téléphone lui exauce tous ses voeux: et vas-y qu'il emballe la plus jolie du lycée, et qu'il humilie le méchant, et qu'il a en avance les sujets du prochain devoir en classe (c'est marrant, en racontant l'histoire, j'ai encore plus honte). Mais finalement, le joujou se révèle diabolique et carrément meutrier. Brrrr.
Quoi? Ca vous fait pas peur un téléphone portable?
Rassurez-vous, ça n'effraie pas plus James Huth qui signe un film au second degré. Le réalisateur joue avec les codes du teenage movie, ainsi qu'avec l'image du choriste qui nous a tant saoulé Jean-Baptiste Maunier, relooké en ado obsédé.
L'excès est le maître-mot du film, vif et sympathique, qui se termine en massacre saignant. On notera aussi l'apparition de Brice de Nice-Dujardin qui pour le coup est vraiment drôle. Dommage que Huth ne soit pas allé plus loin. Mais finalement, ce n'est si honteux.

On aurait tort de s'arrêter au tapage médiatique organisé autour de La môme, car le film vaut bien mieux que ça.
On aurait tort, aussi, de penser qu'une étagère remplie de CD d'Edith Piaf est une condition sine qua non pour aller voir le film. D'ailleurs, personnellement, je préfère largement Barbara.
Mais Edith Piaf est un personnage fascinant, c'est du moins ce que l'on pense en sortant de la projection. C'est en grande partie sur cette fascination que le film se construit - fascination qu'exerce aussi la prestation de la surprenante et talentueuse Marion Cotillard.
Comme Jamie Foxx dans Ray, Cotillard joue à fond la carte du mimétisme, jusque dans la voix, assez nasillarde et très "titite parisienne", gouailleuse de Belleville. Ce mimétisme, tout comme le maquillage, confinent au théâtral. Disons que ce n'est pas exactement naturel et que l'on n'oublie pas que c'est une représentation, plus qu'une incarnation, mais curieusement, ça ne dérange absolument pas. Au contraire. On est fasciné. C'est fort, c'est puissant, ça n'a pas peur d'en faire beaucoup, et ça n'en fait jamais trop.
La mise en scène de l'excellent Olivier Dahan (réalisateur de Déjà mort et aussi, oui oui, des Rivières Pourpres 2 qu'il avait réussi à sauver du ridicule grâce à sa caméra énergique) renforce cette théâtralité - là aussi, au bon sens du terme. Le film est marqué par une incontestable virtuosité visuelle, dont l'exemple le plus frappant est ce long plan-séquence dans lequel Piaf apprend la mort de son Marcel Cerdan.
La galerie de seconds rôles est du même niveau: Gérard Depardieu, Jean-Paul Rouve, Emmanuelle Seigner, Sylvie Testud, Clotile Courau, Pascal Greggory (tiens, à ce propos, quelqu'un peut me dire ce qu'il fout dans le dernier clip de Diams, celui-là?) et aussi cette petite fille qui joue Piaf à 12 ans et qui chante si bien la Marseillaise, avec tant d'émotion, que j'en mettrais bien mon drapeau français au balcon (non, faut pas pousser quand même).
Et aussi, dernière chose...Piaf a vraiment eu une vie de merde.

Ah, la rupture…Depuis 50 ans, le mot « changement » avait été usé jusqu’à l’os – il fallait bien trouver un synonyme, plus fort encore, pour innover. Ce fut donc le mot rupture : c’est vrai que ça fait vachement envie…Rupture sentimentale, rupture d’anévrisme, rupture de la chaîne du froid…Mouais.
A droite : De la rupture karcherisante à la rupture tranquille, Sarkozy l’aura déclinée à toutes les sauces.
Pour finalement la manger, avec son chapeau.
Car vu l’équipe derrière Sarkozy, ce n’est plus une rupture qu’il nous propose, c’est une visite au crématorium.
Cette semaine, le candidat de l’UMP a reçu le soutien de Jacques Chirac. Soutien que l’on dit timoré quoique déjà bien plus franc que celui que Mitterrand avait daigné accorder à Jospin en 95, dans une petite interview au Figaro.
Ici, Chirac a carrément fait sa déclaration à la télé, toute solennelle. Quand un Président fait une déclaration pareille, c’est soit pour nous dire que la guerre en Irak vient de commencer, soit que le référendum sur la Constitution Européenne a effectivement été perdu.
Et bien là, Chirac a utilisé cette « tradition » pour soutenir Sarkozy.
Alors finalement, je ne vois pas ce qu’il a de timoré ce soutien, je le trouve au contraire bien bruyant.
Et Sarkozy devient donc l’héritier. 12 ans d’une présidence Chirac à assumer. Putain…12 ans !
Et on raconte que Giscard pourrait annoncer son soutien à Sarkozy dans les jours qui viennent.
Après Simone Veil.
Déception en revanche, Pompidou refuse de se prononcer et reste muet comme une tombe.
A gauche : C’est une double rupture que propose Ségolène Royal. Rupture avec le régime actuel pour accéder à la sixième République (floue, pour le moment). Et rupture avec une certaine idée reçue selon laquelle la droite et l'extrême-droite auraient le monopole de la patrie et de la Marseillaise.
Si elle est élue, Ségolène Royal veut donc que chacun ait un drapeau français à accrocher au balcon.
Alors qui si c’est Sarkozy qui est élu, c’est Ségolène Royal qui sera accrochée au balcon. Au bout d’un nœud coulant.
Au centre : Rupture également pour Bayrou, qui propose aussi sa sixième République. C’est que l’homme du Béarn (cousin d’Emmanuelle – hum, pardon) a des idées pour bouger la gouvernance de la France.
Celle-ci notamment : la création d’un grand Ministère des « Attentes de la société ». Ce ministère regrouperait les compétences liées à la jeunesse, aux sports, à Internet, à l’immigration, aux personnes âgées...
Ouf.
Mais aussi aux boites à chaussures, aux machines à café, aux flûtes à becs et aux marsupilamis.
Non ? Ah tiens.
En fait, Bayrou ne trouve personne qui veuille bien gouverner avec lui. Du coup, il économise les postes de ministre. Pas con.
Mais un peu voyant.
A l’extrême-gauche : Rupture avec tout, chez Gérard Schivardi, candidat du Parti des Travailleurs. Il souhaite « ranimer la flamme de 1789 ». Et veut commencer par rompre avec l’Europe et retrouver le Franc.
Illogique.
Quitte à ranimer la flamme de 1789, autant rétablir carrément les assignats. Petit bras, va.
A l’extrême-droite : Rupture historique chez Le Pen. Jusqu’à présent, le vieux nationaliste s’était fait un plaisir de dézinguer la droite chiraquienne autant que la gauche, dans ses discours.
Mais depuis quelques jours, il semble soudain bienveillant à l’égard de la droite sarkozyste.
Et voilà que cette semaine, il estime qu’il pourrait appeler à voter Sarkozy au deuxième tour, et même qu’il serait prêt à gouverner avec lui.
Sarkozy ne pourra pas lui donner un Ministère des « attentes de la société ». En revanche, il pourra lui confier le Ministère des attentes à la sortie de l’école.
Cette semaine à Paris, on a vu des CRS à la sortie d'une école pour embarquer des sans papiers devant leurs enfants et emprisonner une institutrice qui tentait de s’interposer.
C’est sûrement cela que Sarkozy appelle l’identité française.
