Cannes m'a permis de voir 14 films, certains très bons, d'autres très mauvais. Certains sont déjà sortis en salles, d'autres resteront peut-être inédits. En plusieurs articles, voici quelques
courtes critiques de ces films (pour ceux qui attendent des articles plus politiques, je n'oublie pas les législatives, ça va venir...).
Voici donc cette première salve (comme je suis aimable, j'ai classé par ordre alphabétique, ouais).

A l'intérieur, de Julien Maury et Alexandre Bustillo
Une femme enceinte qui a perdu son mari dans un accident de voiture passe la nuit de Noël seule. Mais une visiteuse inquiétante vient frapper à sa porte avec la ferme intention de lui voler
son bébé.
En général, quand on associe "film d'horreur" à "français", c'est un peu comme associer "François Fillon" à "joie de vivre". C'est ridicule, on n'y croit pas.
Et bien ravalons nos préjugés avec ce film: pour leur premier opus, Maury et Bustillo (deux anciens de la revue Mad Movies) sont allés plus loin que beaucoup de films américains
(Shining, Saw font partie de leurs références) et n'ont pas lésiné sur les moyens. Ultra-gore, le film oscille entre le drôle (humour noir, bien entendu) et le dérangeant (une
césarienne au ciseau, en gros plan!).
Tout, ils montrent tout. Et si Béatrice Dalle (l'intruse) dispose d'une réelle capacité à effrayer, le film préfère miser à fond sur le sanglant - gratuit et assez con, pour tout dire. Un pur
délire de grands ados qui se demandent jusqu'où on peut aller dans le dégueu. Selon votre propre réponse à cette question, vous aimerez ou vous détesterez. J'ai aimé.
Blind Mountain (Mang Shan), de Li Yang
Dans la Chine profonde et rurale, une jeune femme est vendue à une famille, à son insu. Le fils veut en faire sa femme, mais devant son refus, il la viole et la
séquestre.
Sur le papier, le film n'est pas gai. A l'image, non plus. Peinture réaliste des tréfonds chinois, le film montre crûment le calvaire d'une jeune fille abusée et violentée. Là-bas,
les chiennes du garde ont un sacré pain sur la planche (je propose d'ailleurs d'y envoyer Isabelle Alonso).
L'une des scènes les plus choquantes est incontestablement celle du premier viol de la jeune fille, perpétré "grâce" aux parents de son bourreau.
Blind Moutain montre aussi que l'éducation est certainement la seule voie pour se sortir de cette barbarie (assez évident, en même temps). Mais les dernières images du film,
qui nous laissent en plan, sans morale, avec une loi du talion sur les bras, peuvent prêter à confusion.

Boulevard de la mort (Death Proof), de Quentin Tarantino
Un soir dans un bar, quatre jeunes femmes rencontrent un cascadeur ringard dont la grande passion est de tuer au volant de sa voiture à l'épreuve de la mort (d'où le titre).
Et voici le film que Tarantino n'aurait jamais du faire. L'objectif était de rendre hommage (une fois de plus) aux séries B, voire Z des années 70 qui peuplent sa vidéothèque. Hommage poussé
jusqu'à la mise en scène (zooms brutaux), à l'image (vieillie) et au montage (bobine manquante, image qui saute...). Une distanciation qui permet aussi de cligner de l'oeil vers la Nouvelle Vague
- autre référence perpétuelle du cinéaste.
Seulement voilà, qu'est-ce qu'on s'emmerde.
Tarantino s'auto-parodie involontairement. Ses dialogues sont imbuvables. D'habitude, humoristiques et légers, ils font le calme avant la tempête.
Ici, le calme est ennui. Que regarde-t-on? Des pisseuses raconter leurs histoires de cul avec le maximum de vulgarité. Rien à foutre. Et quelle tempête? Une scène de poursuite en voiture d'une
demi-heure, certes tout à fait spectaculaire (surtout avec l'excellent Kurt Russel) mais qui n'est même pas meilleure que celle du modeste Ronin par exemple (de Frankenheimer, avec De
Niro).
Une vraie plantade qui montre que Tarantino va devoir se renouveler. A sa décharge, le film a été rallongé pour sa sortie française après son échec aux USA. Résultat: c'est sûrement encore
pire.

Funuke, show some love you losers! (Funukedomo, kanashimi no ai wo misero), de Yoshida Daihachi
Bon, vous avez réussi à lire le titre, vous n'allez pas vous arrêter en si bon chemin. L'histoire: dans le Japon rural, deux soeurs se retrouvent après la mort accidentelle de leurs parents.
La première est une actrice ratée qui se défoule sur la seconde - jeune introvertie qui retranscrit ses états d'âmes en dessinant des mangas.
Ce qui peut attirer ou rebuter dans ce film, c'est son mélange entre burlesque et drame. Fondamentalement, l'histoire n'est pas heureuse. Elle se double de thèmes assez intrigants comme la
moralité dans la cellule familiale (on y effleure des sujets comme l'inceste ou le parricide) et de scènes cruelles (les souffrances que l'aînée inflige à sa cadette) qui auraient pu être
davantage développées.
Mais le moins convaincant, ce sont sans doute les gags, répétitifs et lourdingues. Le film reste à voir par curiosité ceci dit.
La prochaine fois, nous parlerons notamment du dernier Ferrara et du dernier des frères Cohen...
A Cannes.
De l’autre côté : les hôtels. Hilton, Carlton, Martinez. Des noms qui claquent. Avec mon accréditation, j’avais le droit d’y rentrer (pas d’y dormir) et même de pisser dans les chiottes. La méga classe, hein ?
Parmi les 60 personnes qui étaient avec moi à Cannes, je crois que tout le monde a pioncé au moins une fois pendant un film.
Les premiers jours, c’est particulièrement inévitable. Devant le Gus Van Sant, qui était pourtant très bien, j’ai commencé à piquer du nez. Faut dire aussi que la projection était à 8h30 du matin. Redoutable.
Du temps monarchique, les gens regardaient le roi chier. Aujourd’hui, les gens regardent les people se faire chier.
Et soudain, une femme blonde nous interpelle, nous demande qui nous a invité. « Ben heu… ».
Et on est sortis.
En fait, on s’est rendu compte que le type qui l’accompagnait était en train de presser la sonnerie d’un médecin de garde. Effectivement…so far…
Par hasard, j’étais en tête de peloton quand nous avons grimpé le tapis rouge. J’avais un appareil photo dans une main, mon téléphone portable dans l’autre mais je n’ai rien pu prendre. J’étais trop hypnotisé.
On passe devant les photographes qui nous flashent (certes, pas avec la même énergie que pour Brad Pitt). On entend la voix du commentateur « Et voici les soixante jeunes du Ministère de la Jeunesse qui montent les marches… ».
- Poitiers ? C’est là où y a Aqualand, non ?
- Ok.
Retour au quotidien, donc. Mais avec des souvenirs indélébiles en plus. Ce n’est pas rien.
Salut tout le monde,
Je reviens juste du festival de Cannes et je vous raconterais tout ça très très bientôt, juste après avoir fait mes 258 heures de sieste.
Mais comme j'ai vu qu'un sombre guignol avait laissé des commentaires sur mon blog en se faisant passer pour moi et en disant que j'allais voter à droite, je ne peux m'empêcher de faire illico
une mise au point.
Quand c'est écrit "réponse de tibo", ça signifie que c'est moi qui m'exprime. Quand c'est écrit, "commentaire de tibo" , ça signifie qu'un guignol profite de mon absence pour se faire passer pour
moi.
Donc, voilà, je suis toujours autant anti-sarkozyste et anti-droite, surtout quand je vois ce genre de méthodes mais je compte bien mettre tous les moyens en ma possession pour retrouver le coupable et le torturer dans la cuvette des chiottes, lui et tous ses descendants pendant 98 ans. Sur ce, bonne sieste et à très bientôt!
Oh, le joli gouvernement que voilà. Et si, pour cette deuxième semaine passée sous Sarkozy, nous en faisions le tour? Pas intégralement, je vous rassure.
François Fillon (Premier Ministre)
Si cet homme n'est pas du tout sympathique, il n'empêche qu'il peut inspirer une sorte de pitié. Avec son bagout de croque-mort dépressif et sa raie au milieu d'un autre temps, il semble toujours revenir de l'enterrement de son meilleur ami. Et quand il fait des efforts pour avoir l'air plus "cool", ça fait pschit. Comme hier, quand il s'est pointé à Matignon en footing et en basket. C'était ridicule, j'ai failli envoyer un mot de condoléances à ses parents.
Pitoyable, à première vue, l'homme n'en cache pas moins un projet foncièrement à droite. Notamment la réforme de l'assurance maladie avec l'instauration d'une franchise de 100 euros (c'est à dire qu'à 110 euros de dépenses en médocs et en médecin, vous aurez 10 euros de remboursés. Et à moins 100 euros, nada). Avec un argument imparable: "Si les gens sont prêts à payer un forfait pour leur téléphone portable, pourquoi pas pour leur santé?" a-t-il avancé.
Merveilleux: mettre la santé et la téléphonie mobile au même niveau, même Madelin n'y avait pas pensé.
Mais l'avantage avec Fillon, c'est qu'il a un nom qui va inspirer 10 000 pancartes bucoliques aux prochaines manifs. D'ailleurs, un surnom lui colle à la peau: "Courage Fillon". Car l'homme a trahi beaucoup. C'est sans doute pour cela qu'on retrouve un bel échantillon de traîtres dans son gouvernement, comme nous allons bientôt le voir.
Michèle Alliot-Marie (Intérieur)
Des bidasses aux flics. MAMie est dégoûtée. Elle voulait les affaires étrangères. Sarkozy lui a dit "Et mon slip, tant que t'y es?' (enfin, j'imagine).
Pourtant, elle s'était donnée du mal, pendant cette campagne, Alliot-Marie. Elle a beaucoup tapé sur Ségolène Royal et elle a essayé d'y mettre autant de finesse qu'un Jean-Marie Bigard dans un salon érotique. Le mieux, ce fut quand même lors de la visite de S. Royal au Proche-Orient. "Madame Royal met en danger la vie de nos soldats" avait-elle déclaré. Ensemble, tout devient possible et tout devient mesquin.
Christine Boutin (Logement)
Quand on a promis de nommer un gouvernement paritaire et qu'on est de droite, à un moment donné, on est poussé à faire les fonds de tiroir. C'est là qu'on trouve, tiens tiens, une Christine Boutin. On se remet alors à penser à cette douce époque où la dame vociférait contre le PACS, dans des manifs avec le Front National où l'on criait "les pédés au bûcher", mais aussi à l'Assemblée où elle brandissait sa Bible. Et là, on se dit, non quand même on peut pas la nommer Ministre. Et bien si, surtout quand on s'appelle Sarkozy et qu'on se soucie de la laïcité comme de sa première matraque.
Ceci dit, et pour être tout à fait objectif, Boutin a une vraie fibre sociale et un réel souci des conditions de vie en prison. Ce qui tombe bien, mais brave Christine, auras-tu suffisamment d'influence face à...
Rachida Dati (Justice)
Rachida Dati nommée Garde des Seaux, c'est un grand pas en avant pour les "minorités visibles" et un grand pas en arrière pour la Justice. A sa décharge, c'est surtout la faute au
programme de Sarkozy qui souhaite établir des peines planchers pour les récidivistes.
Alors comme ça, vous vous dites et ben quoi, hé, faut les punir les méchants, hé ho. Certes, certes, mais ce projet c'est tout simplement l'abandon d'un principe élémentaire dans la justice
française: l'individualisation des peines. C'est à dire qu'avant de prononcer une sentence, on se soucie du passé du coupable, de sa personnalité, d'éventuelles circonstances atténuantes et de
possibilité de réinsertion. Avec les peines planchers, la justice devient automatique. Presque robotisée.
Ben ouais, mais faut les punir les méchants hé ho. Oui, Steevy, oui, pas bouger.
Bernard Kouchner (Affaires étrangères)
Voilà l'un des emblèmes de l'ouverture à gauche...Ah. Souvenons-nous de ce cher Kouchner qui proposait une alliance gauche-centre pendant la campagne. Tout ça pour finir à
droite.
C'était son rêve, d'être Ministre des Affaires étrangères, à Bébert. Alors qu'importe de servir un Président qui est contre la Turquie en Europe alors qu'il est
pour. Qu'importe de servir un Président, dont il a tant critiqué le flirt avec l'extrême-droite pendant la campagne.
Mais les deux hommes - Sarkozy et Kouchner - ont tout
de même des choses en communs. Tous deux étaient en désaccord avec le veto imposé par Chirac, contre la guerre en Irak...
Avant d'appeler Kouchner, Sarkozy a proposé le poste à Hubert Védrine. Et comme celui-ci a refusé, Sarkozy s'est énervé. Il a hurlé dans son bureau "eh merde, y en a marre de ce
putain de gouvernement, je vais te me passer ça au karcher!
- Bernard?
- Ah oui, tiens, bonne idée, appelez-le moi".
Eric Besson (prospective économique)
Que dire d'Eric Besson? Vous voyez, il y a des gens en France qui disent que les politiques, c'est tous des pourris, qu'ils ont pas de conviction, qu'ils veulent juste le pouvoir.
Et bien, si vous essayez de raisonner ces gens-là, ne leur parlez pas d'Eric Besson. Ca pourrait les conforter dans leur opinion.
Sinon, on peut aussi s'amuser à écouter ce cher Besson nous expliquer qu'il est encore de gauche. Manque de bol, non seulement il a trahi son camp mais en plus il l'a
trahi pour le dirigeant le plus à droite que la cinquième république ait connu - "droite décomplexée" disent-ils. Notez qu'il s'adapte très bien, le Besson. Entre dans les deux tours, au meeting
de Sarkozy, il citait du Berlusconi.
Hervé Morin (Défense)
Oh, un autre traître... Morin était porte-parole de Bayrou pendant la campagne. Quand le candidat de l'UDF expliquait que Sarkozy était un homme dangereux, Morin lui tenait le micro. Mais
visiblement, il a trouvé un moyen de se mettre à l'abri du danger.
Martin Hirsch (Haut Commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté)
Martin Hirsch, autre caution de "gauche". C'est le successeur de l'Abbé Pierre à la tête d'Emmaus. Si l'Abbé Pierre voyait ça...C'est sans doute le formidable nombre de logements sociaux
construits à Neuilly (combien? Un? Deux?) qui a incité Hirsch à s'engager auprès de Sarkozy.
Ce plutôt bel homme est en tout cas innovant. Quand la plupart des français
déposent des fleurs sur la tombe de l'Abbé Pierre, lui, il pisse dessus.
Roger Karoutchi (Relations avec le Parlement)
J'ai gardé le plus rigolo pour la fin. Il y a quelques mois, il était invité à l'émission La Matinale sur Canal Plus. On lui demande alors si ce n'est pas trop difficile de
défendre le bilan de Sarkozy sur la question de la sécurité.
Ce cher Karoutchi répond alors: "Mais défendre le bilan de Nicolas Sarkozy au Ministère de l'Intérieur, c'est déjà insultant, puisqu'il a été
parfait".
Magnifique, Roger. Je sens qu'on va bien rigoler avec toi.
Ne trouvez-vous pas?
Post Scriptum 1: Enfin, notez que Sarkozy a nommé à l'Elysée, dans son équipe, deux journalistes. L'une couvrait sa campagne pour Le Point, l'autre couvrait la campagne de
Ségolène Royal pour Le Figaro. C'est dire si elles ont du être objectives!
Post Scriptum 2: Figurez-vous que je m'absente une semaine...Je pars au festival de Cannes! Je vous raconterai ça à mon retour...
