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Mardi 31 octobre 2006

Après Million dollar Baby et surtout Mystic River, j'attendais le nouveau Eastwood avec impatience. Mémoires de nos pères se déroule lors de la guerre entre les USA et le Japon, en 1945. Partant d'une photographie (authentique), représentant six soldats hissant le drapeau américain sur le Mont Suribachi, Eastwood confronte mythe et réalité, mensonge et vérité.

Sur la photo, les USA sont conquérantes, imposent, lors d'un beau crépuscule, la paix et la liberté. Les soldats sont des héros, acclamés, redonnant la joie et l'espoir au peuple américain qui désespère d'une guerre difficile.
En réalité, les morts s'accumulent et les héros n'en sont pas vraiment. Chacun a seulement tenté de sauver sa peau.


C'est du moins le schéma qui semble se dessiner. Eastwood, le paradoxal, qui soutient W. Bush tout en signant des films qui vont à l'encontre de l'idéologie du Président américain, partait pour dresser un constat terrible de la guerre, au moment où l'Irak est "vietnamisé".

Les scènes de combat et de violence, plus lentes et plus sanglantes que celles du Soldat Ryan,  éclaboussent le mythe. Les soldats qui reviennent sont traumatisés à jamais et ce statut de héros est trop lourd pour eux.

Mais Eastwood ne va pas au bout d'une radicalité promise. Il ne supprime pas la notion d'héroïsme, il la révise. Les personnages sont valeureux mais surtout humains. Et pour Eastwood, il faut les aimer ainsi.

Le début du film est très réussi et livre quelques plans impressionnants (l'immensité spatiale). A côté des morts de la guerre, la caméra s'attarde aussi sur quelques fins plus absurdes et peut-être encore plus frappantes (comme ce soldat qui tombe du bateau avant même que celui-ci n'ait accosté).
Le dénouement du film, en contre-point car intimiste, est aussi passionnant. Revenus de la guerre, les soldats continuent leur vie, sur les notes de guitare mélancoliques d'Eastwood.
Entre les deux, le film est trop long, parfois répétitif, parfois confus. Et surtout, il semble inabouti.
Mais il est fort probable que ce dernier défaut soit gommé quand arrivera la seconde partie de cette oeuvre, Lettres d'Iwo-Jiwa, qui racontera cette fois la guerre du côté japonais.

 

Dimanche 29 octobre 2006

Faut-il être populaire pour être élu?Ou simplement compétent?Et puis d'abord, c'est quoi être populaire? Ou se situe la frontière entre populaire et populiste? Ces temps-ci, on a tendance à confondre les deux. Entre mépris du peuple et démagogie, les candidats courent après les sondages...

 

A gauche: Forcément, Ségolène. Avec ses idées de jury populaire, elle a mis le feu aux poudres. "Fasciste", "influencée par Pol Pot"...gauche et droite se sont montrées aussi nuancées qu'un tank israëlien dans un camp palestinien pour accueillir son idée, déja appliquée dans les sociales-démocraties d'Europe du Nord, sans susciter le même tollé.
    
Justement, il y en a un qui s'en réclame, de ces sociales-démocraties, c'est DSK. Et pourtant, il n'y est pas allé de main morte pour taper comme un sourd sur Ségolène. Il remonte dans les sondages. Ou plutôt Ségolène baisse. Il faut dire qu'au dernier meeting, les supporters de Strauss ont sifflé Ségolène. Il faut qu'ils fassent attention, s'ils continuent comme ça, ils n'auront plus assez de souffle quand Sarkozy arrivera. Mais peut-être que ça ne les dérange pas plus que ça.

A droite: Sarkozy, justement. Qui a qualifié les propositions de Ségolène d'"outrancièrement populistes". Et il s'y connait. Mais sa définition de "populaire" laisse perplexe.
     Depuis quelques temps, le chef de l'UMP cogne dur sur le film Indigènes. "Ce film n'a pas fait une seule entrée. C'est un succès mondain" a-t-il dit. Indigènes a fait déja deux millions d'entrées et devrait en faire trois, en fin de parcours. L'un des films français les plus vus, cette année.
     Alors, je me posais la question: Pourquoi Sarkozy tape-t-il autant sur ce film? Est-il en désaccord avec la reconnaissance des tirailleurs sénégalais et maghrébins? Est-il agacé à l'idée qu'un film français populaire soit porté par quatre acteurs principaux beurs? Ou bien ne supporte-t-il pas que Jamel, qui l'attaque souvent politiquement, soit auréolé de ce beau succès?
     C'est étrange, ce Sarkozy ne laisse rien passer. Dès qu'un "people" l'attaque, il se croit obligé de répondre, quand d'autres passent outre. Comme si ça le stupéfiait qu'on puisse ne pas l'aimer, ce narcissique arrogant. Pourtant, entre les indigènes et les indigents, ça fait du monde.

A l'extrême-droite: Etre plus populaire, voilà l'objectif du Front National (pourtant crédité de 25% d'intentions de vote, selon les sondages des RG!). Du coup, Marine Le Pen essaie de polisser l'image de papa. Elle a ainsi tenté un voyage en Israël.Mais les israëliens n'ont pas oublié le "détail de l'Histoire" paternel.
     Ceci dit, depuis une semaine, l'extrême-droite est entrée au gouvernement israëlien. Son chef est même devenu Vice Premier Ministre. Si Le Pen avait préféré prendre les arabes comme têtes de turcs, plutôt que les Juifs (comme de Villiers), il aurait été accueilli à bras ouverts.

A l'extrême-gauche: Renouer avec les classes populaires, c'est aussi la préoccupation des Nonistes. Aussi, il y aura bien des primaires pour désigner le candidat ou la candidate qui ira au charbon. Laguiller et Besancenot iront chacun de leur côté, en bons individualistes. Le PC propose Buffet pour ces primaires. Tout en soulignant que si elle n'est pas investie, elle ira seule sous les couleurs du PC. Pour résumer, si elle gagne la primaire, elle se présente. Si elle perd, elle se présente aussi. Merveilleux raisonnement démocrate.

Au centre: Pour être populaire, il faut savoir faire des sacrifices. Ainsi, Bayrou a demandé à son fidèle André Santini (maire d'Issy Les Moulineaux, invité récurrent des grosses têtes, même si pour récurer les Grosses têtes, il faut un sacré détergent) de la fermer sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics. En effet, généralement, dès que les journalistes veulent trouver un opposant aux opposants du tabagisme, ils rappellent le gros Santini et son cigare puant. Cette fois-ci, vous aurez remarqué que Santini était absent. Car figurez-vous que le cancer, c'est pas populaire.

Vendredi 27 octobre 2006

Parlons (ou continuons à parler) du cinéma français...Qui n'est pas en forme, ces temps-ci.

Dans Quand j'étais chanteur, Depardieu écume les petits bals d'Auvergne et chante pour les petites vieilles. Jusqu'à ce qu'il rencontre une charmante demoiselle qui, si elle traîne autant de solitude et de déprime, va peut-être venir éclairer sa lanterne. Peut être.

Depardieu est très bon, Cécile De France n'est pas mal non plus. Doux-amer, le film lorgne un peu vers Nelly et Monsieur Arnaud, pour la rencontre toute en retenue entre un vieux (pas si vieux, certes) et une jeune femme.

Retenu mais surtout long. Et prévisible. On s'y attend trop à cette peinture - forcément - déprimante de la province. Les galas ringards font penser aux tournées des supermarchés qu'effectuait Poelvoorde dans Podium, même si une certaine tendresse a remplacé l'humour noir. Mais le regard parisianiste demeure. Hélas.

On passe à L'homme de sa vie. Campan ne bande plus pour sa jolie femme (Léa Drucker). Arrive un voisin homo, Charles Berling. Et c'est parti pour les non-dits.

Zabou Breitman, après son joli Se souvenir des belles choses, s'est prise pour une poètesse. Effectivement, il y a de très jolies images dans L'homme de sa vie. Mais ses allégories sont artificielles, trop écrites. 
Si Breitman n'apporte rien à son histoire vue et revue (l'hétéro qui se révèle homo), elle alourdit son propos de clichés si énormes qu'on s'étonne qu'elle ne s'en soit pas rendue compte. Forcément, le personnage gay (pourtant interprété par le si charismatique Berling) est artiste, forcément son père l'a foutu à la porte quand il avait seize ans, forcément il y aura bien un beauf dans le tas pour jouer les homophobes, etc.
On s'agace puis on s'ennuie. Et enfin, on s'en fout.

Dimanche 22 octobre 2006

Un homme (ou une femme) politique doit résister. Tenir bon. Tenir le coup. Le choc. Résister aux attaques. Au mécontentement. Aux pots de vin. Aux lobbies. Aux adversaires. Aux concurrents. Etc. Et s'il ne résiste pas, il tombe. Ou bien il collabore.

A l'extrême-gauche: Mamie fait de la résistance. Pour la sixième fois, Arlette va se présenter aux élections. Même Le Pen n'a pas fait autant. Arlette Laguiller devient la Michel Drucker de la politique. On a beau dire, elle nous manquera en 2027 quand elle aura décidé de ne plus se présenter. Une présidentielle sans Arlette, c'est comme une manif sans drapeau, un marteau sans faucille.
En attendant, Sarkozy peut se réjouir: personne ne tape autant sur la gauche "modérée" qu'Arlette Laguiller.

A gauche: A propos de gauche modérée...Ségolène a résisté. Avant que le premier débat PS n'ait lieu, on pensait que la Présidente du Poitou-Charentes ne serait pas à la hauteur, qu'elle se ramasserait lamentablement. Et bien, elle a tenu. Crispée. Fade. Mais elle a tenu. Face à elle, Fabius et DSK ont joué leur partition sans brio, non plus. Fabius est à l'ancienne, toujours plus à gauche mais la mayonnaise ne prend pas. DSK creuse son sillon de social démocrate. "Qu'est-ce qu'être social démocrate? C'est faire du social, démocratiquement".
Voilà comment Strauss a résumé son credo.
Mais qu'est-ce qu'il veut dire, DSK? Que Royal et Fabius ne sont pas sociaux?Pas démocrates? Et pourquoi n'utilise-t-il plus que l'expression "social-démocrate" au lieu de "socialiste"?
A force de tout modérer, DSK va finir Premier Ministre de Bayrou.

Au centre: Lequel s'envole dans les sondages. 12% d'intentions de votes. Il n'a jamais été aussi haut. Et pourtant, c'est ce moment qu'il a choisi pour annoncer qu'il se verrait bien Premier Ministre de la gauche comme de la droite.
Jusqu'à présent, Bayrou plaisait parce qu'il résistait à la gauche comme à la droite. A présent, c'est comme s'il était prêt à s'allier avec les deux. Il va finir comme Chevènement en 2002. Ni gauche, ni droite: 5%.

A l'extrême-droite: Il y en a un, cette semaine, qui n'est pas vraiment dans la résistance. Il serait même plutôt dans la collaboration.
Eric Raoult, député UMP. Profitant de l'émotion suscitée par les agressions à répétition des policiers (encore une preuve irréfutable du succès de Sarkozy dans sa lutte contre l'insécurité!), Raoult a proposé...la délation. Selon lui, chacun doit pouvoir aller dénoncer un délinquant à la police. Pas bête. Chacun devient son propre policier. Donc plus besoin de police. Et s'il n y a plus de police, il n'y a plus d'agression contre les policiers.
Il fallait y penser. Il fallait s'appeler Eric Raoult. Ou Pierre Laval.

A droite: De l'extrême-droite, on passe à la droite. Autre influence de l'époque collaborationiste en Vendée. Pour les prochaines élections législatives, Sarkozy a décidé de ne pas présenter de candidat UMP en Vendée, face au parti de Philippe De Villiers. Ah oui, je vous entends déja: et vas-y que je te fais des accords électoralistes pour espérer un report des voix en 2007.
Certes. Mais pas seulement.
Il n'y a pas uniquement convergence d'ambition, il y aussi convergence d'opinion. Ainsi, vendredi, dans le journal Le Parisien, Sarkozy a expliqué sa proximité avec Doc Gyneco par ces mots: "En m'affichant aux côtés d'un homme de couleur, j'envoyais un message aux français de couleurs pour leur montrer que je suis favorable à une France plurielle".
D'une part, Monsieur-je-brise-tous-les-tabous n'ose pas dire "Noir" mais préfère le subtil "homme de couleur". Et ensuite, ça donne une idée de la manière avec laquelle Sarkozy considère les individus: selon leur couleur.
Et selon leur poids électoral.
En l'occurrence, celui de Doc Gyneco ne pèse pas lourd. La stratégie de Sarkozy n'est pas toujours irrésistible.

 
 
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