
Si Nicolas Sarkozy a cultivé une image de "premier flic de France", il ne faudrait pas que sa politique sécuritaire efface sa pensée économique, qui est toute aussi effrayante.
Un programme pour les plus aisés
Rarement la droite s'est montrée aussi caricaturale dans sa volonté d'oeuvrer pour les plus riches.
Outre la baisse de l'ISF (Impôt sur la Fortune) et l'abolition des droits de succession (qui ne s'adresse qu'aux plus aisés, aux rentiers), Sarkozy souhaite aussi exaucer deux souhaits du MEDEF: le contrat unique (qui simplifiera les procédures de licenciements) et la TVA sociale, qui permet de faire payer les charges sociales au consommateur plutôt qu'aux entreprises (en clair, c'est VOUS qui payez à la place des patrons).
En fait, le candidat de l'UMP propose plus de privilèges pour les privilégiés...
Mais alors qui sont les "privilégiés" à saquer pour Sarkozy? Les fonctionnaires, dont il veut amenuiser les retraites.
En même temps, quand on croit comme Jean-François Copé qu'un prof touche 4000 euros par mois...
Il voit de l'assistanat partout!
Le programme économique de Sarkozy suit deux obsessions, qui vont de paire: la culpabilisation et la haine de ce qu'il appelle l'assistanat.
Culpabiliser, tel est le mot d'ordre pour lutter contre le chômage et contre le "trou de la Sécu". Traquer, matraquer les fraudeurs, dont on donne l'impression qu'ils sont légions. Menacer de couper les allocations, les aides. Il faut se souvenir qu'il y a huit ans, Sarkozy voulait carrément supprimer le RMI.
Ce mot d'ordre ne cache pas seulement une pensée, selon laquelle tout chômeur est potentiellement un "feignant" ou un "profiteur". Il masque aussi le vide des propositions de Sarkozy.
Quant à la solidarité, le chef de l'UMP n'en parle pas et la confond systématiquement avec l'assistanat, érigé en mal du siècle.
A cela s'ajoute un moralisme qui tend à s'insinuer dans le quotidien de chacun: "Dans la vie, il faut se lever tôt et travailler dur", martèle Sarkozy, avec un paternalisme qu'on croyait révolu depuis Mai 68.
Et les rentiers, favorisés par les mesures prévues par Sarkozy, se lèvent-ils tôt et travaillent-ils dur?
Décomplexer le poujadisme
Sarkozy a aussi libéré un mode de pensée très à droite: le poujadisme. C'est à dire la critique grossière et permanente de l'impôt. Cela s'exprime bien sûr par cette proposition de baisser l'Impôt sur la Fortune. Johnny Hallyday est alors pris comme un exemple de "souffrance" - comme si l'impôt était devenu la préoccupation principale des français.
Archifaux. Le "people" remplace le peuple, on oublie les plus faibles et on préfère s'apitoyer sur le sort des puissants.
L'explosion de la dette publique
On dit que la France vit au-dessus de ses moyens, qu'il faut s'occuper de la dette publique. Une thématique largement exploitée à droite car elle permet de valider tout un discours sur les sacrifices à faire et les divers désengagements de l'Etat dans tous les domaines possibles (Santé, Education...).
Or, tous les économistes ciblent une période précise où le déficit de l'Etat a explosé: la période 1993-1995. 30% en deux ans! Un gouffre!
Pour cause, le Premier Ministre d'alors, Edouard Balladur, dépensait sans compter pour flatter diverses clientèles et être élu Président de la République.
Le Ministre du Budget d'alors s'appelait...Nicolas Sarkozy.
La prochaine fois, nous parlerons de la pensée sarkozyste appliquée à l'international.
