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Cinéma

Dimanche 16 octobre 2005

L'an dernier, Bill Murray renaissait sur les écrans grâce au Lost in Translation de Sofia Coppola. Bon, le film a été très très surestimé - ce n'était rien d'autre qu'une petit bluette pour bobos - mais il a eu le mérite de nous ramener notre cher Droopy aérien.
Dans son dernier film, Broken  Flowers donc, le réalisateur Jim Jarmusch a su tirer le meilleur parti de son acteur. Celui-ci campe Don Jonhston, américain moyen du dimanche, patachon dans son jogging, qui traîne sa lassitude dans son quartier résidentiel. Un beau jour, une lettre anonyme lui apprend qu'il est le père d'un garçon de dix-huit ans. Don décide alors de partir à la recherche de ses ex petites amis qui pourraient éventuellement lui avoir envoyé cette lettre-coup de tonnerre.
Broken Flowers n'est pas un film qui cherche l'émotion ravageuse ou qui assène un discours engagé. Au contraire, il progresse dans la pudeur et les non-dits.  Il se contente de suivre cette quête qui se révèle en fait passionnante. Au côté de l'impeccable Bill Murray, dont le personnage cache une opaque culpabilité, on sillonne les routes de l'Amérique profonde, celle qui a voté Bush en 2004, et l'on croise plusieurs de ses visages: la coincée, la barge, l'hypocrite, la miteuse...jusqu'au final, en forme de question mélancolique. Beau film.

 

 

Par Tibo
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Dimanche 23 octobre 2005

Quand on leur demande d'expliquer leur cinéma, les frères Dardenne déclarent "Il faut être dans le cul des choses". Comprenez à la fois en plein dans l'action mais aussi dans un endroit tabou, sale. En l'occurence, le quotidien des pauvres, très pauvres. Ceux qui ne sont même pas répertoriés dans une classe sociale.
L'enfant, c'est celui de Bruno et Sonia. Un nourrisson de neuf jours. Pour "bouffer", Bruno va le vendre.
Mais l'enfant, c'est aussi Bruno lui-même. Un  père de 20 ans, qui s'amuse avec rien. Mi-homme, mi-barbare. Les notions du bien et du mal lui sont obscures mais de temps à autre, la tristesse, l'amour, la culpabilité le traversent comme des étincelles d'espoir.
Comme d'habitude, les frères Dardenne montrent, violentent le spectateur mais le laisse juger. L'enfant est certainement leur film le plus accessible (parce que moins froid que les autres) et aussi le plus audacieux: cette fois, ils osent aller plus loin, plus profond dans la noirceur humaine, sans misérabilisme, et plus loin aussi dans l'émotion (sans pathos non plus).
Dans le rôle de Bruno, Jeremy Rénier est plus vrai que nature, saisissant. Comme ce film qui a bien mérité sa Palme d'or.

Par Tibo
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Jeudi 3 novembre 2005

C'est l'histoire de six copines qui partent faire de la spéléo dans une grotte encore inexplorée. Comme ça ne leur suffisait pas de merder grave en cherchant la sortie dans ce gouffre menaçant, il faut en plus qu'elles se farcissent une communauté de monstres qui crèchent là-dedans.
Le résumé a l'air rigolo, comme çà, mais en fait, on se marre pas du tout. The descent, c'est du sauvage, du barbare, du sanglant. Du premier degré. De quoi renouer avec le cinéma gore des années 70 (Massacre à la tronçonneuse, par exemple) où la violence était arbitraire, où il n'y avait pas de morale, pas de puritanisme, où ça dégommait grave...On peut aussi évoquer le film Délivrance, comme référence, dans lequel la nature dominait l'homme, quoi qu'il fasse (ce qui faisait d'ailleurs écho à la guerre du Viet-Nam à l'époque, où les G.I. prenaient une sévère branlée, dans une végétation impossible à maîtriser).
The descent demeure un film d'horreur qui sort nettement du lot, par son jusqu'au-boutisme, même s'il s'essouffle un tout petit peu vers la fin, le simple enfermement des personnages dans cette grotte à claustro, étant encore plus effrayant que les créatures elles-mêmes (quelque part entre le Golum et les orques du Seigneur des anneaux)...
Si comme moi, vous flippez en restant juste cinq secondes bloqué dans un ascenseur, alors faites votre prière et allez-y.

Par Tibo
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Jeudi 17 novembre 2005

D'habitude, les films de Woody Allen se déroulent à New-York et mettent en scène le cinéaste lui-même, emmitouflé dans son hypocondrie et le haut débit de vannes perpétuellement ouvert.

Son dernier film, Match Point, change de décor et de registre. Plus de Woody Allen mais deux acteurs en tête d'affiche: Scarlett Johansson et Jonathan Rhys Meyers.
Plus de New-York mais un Londres qui lui ressemble pas mal.
Plus de vannes mais des pleurs et de la violence.

Le film suit Chris Wilton, prof de tennis issu d'un milieu modeste. Celui-ci, en séduisant Chloé, une petite bourgeoise, va pouvoir entrer dans la haute en étant recruté par son beau-père dans une entreprise où des patrons peinards se font des couilles en or. Mais bientôt, le coeur de Chris va battre pour une autre jeune femme, Nola, beaucoup moins riche que sa femme mais aussi plus émoustillante puisque c'est donc Scarlett Johansson qui l'incarne.

Un choix cornélien s'offre donc au personnage: la vie tranquille et confortable de la bourgeoisie ou l'incertitude de la passion. Et Match Point se divise en deux films: un premier, qui suit la montée de cette passion, assez long, souffrant de la prestation de J. Rhys Meyers, dont le regard un peu bovin transpire mal cette prétendue passion. Le deuxième film bascule dans le thriller et l'enquête policière après qu'un innatendu retournement de situation ait fait plongé cette passion dans la violence. Tous les défauts de départ sont gommés lors de cette seconde moitié, le rythme s'accélérant nettement et le casting devenant enfin brillant.

Sous ses dehors de chétif anxieux, Woody Allen est sacrément énervé. Le message de son film est coléreux. Match Point nous dit en effet, que la chance est une donnée très importante dans la vie. Par conséquent, le travail, le mérite, l'effort, toutes ces sacro-saintes valeurs dont on nous rabat les oreilles à longueur de journées ne valent que dalle face à l'insolente chance d'un gars comme Chris Wilton, sombre héros du film, dont la belle gueule et la bonne étoile suffisent à assurer un joli train de vie. Et (deuxième discours), une fois qu'il a atteint la réussite, la froideur la plus monstrueuse chassera la passion la plus humaine, pour rester dans le droit chemin du parfait petit capitaliste.

Athée (seul le hasard compte et c'est un beau salaud), de gauche (capitalisme=déshumanisation), le dernier film de Woody Allen est donc à son image. Vraiment un bon gars, ce Woody.

 

Par Tibo
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Dimanche 20 novembre 2005

History of violence, le nouveau Cronenberg est planté dans l'Amérique profonde, entre résidences pavillonnaires, matchs de base-ball, embrouilles au lycée, beurre de cacahouètes à 16h00...Terrain connu.

Tom Stall, père de famille tranquille, gère un coffee. Le jour où deux malfrats viennent le braquer, le gentil pépère va se muer en redoutable justicier et, pour dire les choses clairement, leur exploser la gueule. Dès lors, il devient un héros hyper-médiatisé. Mais Tom Stall a-t-il finalement toujours été cet honnête père de famille? N'a-t-il pas eu une autre vie, des années plus tôt?

Même si c'est Cronenberg qui est derrière la caméra et que le sujet pouvait s'orienter vers des thèmes très politiques (la violence des sociétés contemporaines, l'autodéfense, etc...), History of violence reste très ludique. Amoral. Voire creux mais agréablement creux.

Car le film est en fait l'adaptation d'une BD écrit par John Wagner et Vince Locke. D'où une tonalité générale plutôt barrée. Quant aux scènes de violence, contre toute attente, leur "goritude" fait rire. Les nez s'écrasent, les cervelles explosent, les membres se tordent...

Du coup, c'est clairement à Tarantino que le film fait penser. A la différence près que Cronenberg est moins roublard et un peu plus tourmenté que le cinéaste de Pulp Fiction. Quand la petite fille Black, dans Kill Bill volume 1, était épargnée par la tueuse sanguinaire, ici, même les enfants tombent sous les balles.

A quoi bon? A rien mais on passe un bon moment quand même.

Par Tibo
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Jeudi 1 décembre 2005

Dans notre rubrique "Samy Naceri enterre sa carrière", voici l'histoire du cendrier dans ta gueule.
Dans notre dernier épisode, le célèbre chauffeur de Taxi à la con se payait Salman Rushdie chez Ardisson (voir
ici).
Et puis, silence radio. Plus rien. Que dalle. Wallou.
Heureusement, pour notre plus grand plaisir, Sami le romantique a repayé sa tournée.

"Le 17 novembre dernier, il (Samy Naceri) a defiguré un styliste de la marque Von Dutch à coups de cendrier (plus de trente points de suture) semble-t-il parce que celui-ci est arrivé en retard à un rendez-vous fixé dans un grand restaurant de la place d'Auteuil" (Charlie Hebdo, 30/11/05).

Sami Naceri s'est rendu de lui-même à la police quelques jours plus tard et a été transféré en cellule psychiatrique en raison d'un état psychologique fragile. Déjà condamné à plusieurs reprises pour différents délits, l'acteur risque cette fois la prison ferme.

Je ne voudrais pas que ces articles passent pour de l'acharnement, surtout qu'en plus j'avais adoré Samy Nacéri dans le film Raï (Thomas Gilou, 1995) et que moi aussi, les stylistes m'emmerdent (lol, comme dirait l'autre).
Mais à dire vrai, comme mon précédent article sur les conneries de Samy a bien marché (selon les statistiques d'OverBlog), je me suis dit allez, on y retourne...

Lors du prochain épisode, je vous raconterais comment Samy Nacéri a tabassé son taxi parce que celui-ci était arrivé à la bourre au parloir...

Par Tibo
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Dimanche 18 décembre 2005

Le dernier film de François Ozon cadre tout à fait avec l'ambiance festive de Noël dans laquelle nous baignons. En effet, ça sent le sapin.

C'est l'histoire d'un jeune photographe homo de 31 ans (Melvil Poupaud, courageux) qui apprend qu'il est atteint d'une tumeur incurable. Durant ses ultimes semaines, il va tenter de se réconcilier avec les autres et surtout avec lui-même.

François Ozon est un cinéaste double. Il est capable de pondre d'insupportables daubes comme Huit femmes, de jouer au provocateur facile, comme dans Sitcom (où il mettait en scène une famille fan d'inceste, de sado-masochisme et autres joyeuseries pittoresques). Et puis, quand il décide d'arrêter son char, Ben Hur,  il peut faire de très beaux films, sensibles et émouvants, comme Sous le sable et surtout Cinq fois deux.

Le temps qui reste est un peu un melting-pot de ses deux penchants. D'un côté, Ozon s'amuse à bousculer assez inutilement la Christine Boutin qui sommeille en chacun de vous en filmant cash une relation homo, un back-room sorti tout droit d'Irréversible, un triolisme incongru, du cul, du cul, du cul...

Mais de l'autre, Ozon sait aussi nous humidifier l'oeil avec le destin de ce jeune homme, qui ne cesse de croiser dans les rues et les églises le petit garçon qu'il était, et qui va mourrir sur une plage, le corps reposé sous un soleil couchant.

Dans la filmo du cinéaste, Le temps qui reste est plutôt dans la tête du peloton. Cela dit, si vous vous décidez à emmener vos parents, amis, petit(e)s ami(e)s au ciné un soir de réveillon, c'est peut-être pas le film le plus indiqué. Mais vous faites ce que vous voulez.

Galopins, va.

Par Tibo
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Vendredi 30 décembre 2005

Hopopop, on continue notre classement 2005, cette fois dans la rubrique ciné:


Meilleur film de l'année: De battre, mon coeur s'est arrêté, de Jacques Audiard.


Daube de l'année: Last days, de Gus Van Sant.

Par Tibo
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Jeudi 12 janvier 2006

Suite aux évènements du 11 septembre 2001, l'Administration Bush et une partie des médias américains avaient quasi instauré le délit de non-patriotisme. Mais depuis que le tendre Président Texan a dégringolé dans les sondages, on sent une certaine rebellion monter. Holltywood, qui s'est toujours situé du côté Démocrate, marque le coup puisqu'une petite vague de films politiques déferle en ce début d'année 2006. Good night, good luck de Clooney, Jarhead, de Sam Mendès et donc, Lord of war, réalisé par Andrew Niccol.

C'est l'histoire de Yuri (Nicolas Cage, carnassier séducteur) qui émigre de la Russie Soviétique jusqu'aux United States of America. Avec son frangin toxico (Jared Leto), il décide de se lancer dans une carrière de trafiquant d'armes. Peu importent les hectolitres de sang versés, dont il est responsable directement ou indirectement, pourvu que le tiroir-caisse fonctionne.

Bien rythmé, Lord of war ménage quelques passages coups de poing, où la violence explose sans prévenir. Comme lors de la première scène du film, au cours de laquelle on assiste à la confection d'une balle (de flingue, pas de tennis, hein?) de l'usine jusqu'à ce qu'elle s'encastre entre les deux yeux d'un enfant en Afrique. Ce n'est que le début.

Ce qui frappe aussi, c'est le petit message qui défile en guise de conclusion, nous rappelant que les quatre pays, plus gros fabriquants d'armes (USA, France, Royaume-Uni, Chine), sont aussi quatre membres permanents du Conseil de l'ONU. Comme quoi, il n'y a pas que les Etats-Unis qui en prennent pour leur grade. Il y a nous aussi. Et on le mérite.

Par Tibo
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Mardi 24 janvier 2006

Il est sorti en octobre dernier mais c'était ma rentrée et j'avais pas la tête à aller le voir. Du coup, j'y suis allé pendant la semaine Télérama qui s'achève aujourd'hui.

C'est l'histoire de Georges, un présentateur intello-bobo (Daniel Auteuil en copie conforme de Guillaume Durand) qui vit avec sa femme éditrice (Juliette Binoche) et son fils en pleine crise de puberté. Tout va bien jusqu'au jour où il reçoit des vidéos qui le montrent sortant de chez lui, des dessins violents et anonymes...

Quelques jours passent ainsi. Il finit par soupçonner un algérien (Maurice Bénichou, petit bonhomme et grand acteur), avec qui il a passé une partie de son enfance et à qui il avait fait une redoutable crasse.

Michael Haneke aime prendre le spectateur à rebrousse-poils. Pour le meilleur (Funny games) comme pour le à chier (La pianiste). Au regard de ces faits d'armes, Caché est son film le plus accessible. Thriller tendu, stressant, mystérieux et surtout passionnant, c'est aussi un film politique.

Il parle du refoulé. Le refoulé des personnages (la faute originelle de Georges), le refoulé de l'homme (son racisme latent caché sous les bourgeoises apparences), le refoulé de l'Histoire (à travers le personnage algérien, il fait parfois référence à la nuit du 17 octobre 1961 où la police française avait jeté les manifestants algériens dans la Seine). Et comme tout bon psy vous le dira, ce que l'on refoule finit toujours par remonter à la surface et faire mal.

Et si ça fait mal, c'est que c'est bien.

C'est mon côté sado-maso, ça.

Par Tibo
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