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Lundi 19 mai 2008

Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler

Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder

Il s'est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis son manteau de pluie
Parce qu'il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder

Et moi j'ai pris
Ma tête dans ma main
Et j'ai pleuré

(Jacques Prévert)

Mardi 22 janvier 2008

porte.jpg



Ce blog est légèrement ralenti et c'est normal car j'ai beaucoup de boulot. Mais je suis encore en vie.

Pour l'instant.

Depuis quelques mois, j'ai déménagé et j'habite dans un appartement au quatrième étage, ce qui est un peu haut quand on est claustro comme moi et qu'on porte un point de vue sur les ascenseurs identiques au point des vue des prêtres traditionalistes sur les back room sadomasos. C'est "le mal".

Bref. 


Depuis quelques temps, mon connard de voisin du haut écoute de la musique à fond les watts. Plusieurs fois par semaines et toujours à la même heure: vers une heure du mat'. Je ne sais pas ce qui lui prend, ce doit être l'un des piliers de la religion des gros boulets: écouter de la variétoche française en pleine nuit.

Quelques fois, il m'est arrivé de crier dans mon lit "MOINS FORT" et le succès ne fut pas implacable. J'apprends à connaître son comportement: cet être ne connaît pas la discrétion. Même quand il gerbe, je l'entends.
Une autre fois, je retrouve de la bouffe sur le rebord de ma fenêtre. 

Mais la nuit la plus troublante se passa il y a quelques semaines: je fus réveillé par des cris atroces comme si on torturait quelqu'un. Le temps que je reprenne totalement mes esprits et les cris s'étaient tus. N'empêche, ça interroge.

La nuit dernière, alors que j'étais parti pour dormir d'un lourd sommeil, je suis réveillé - une énième fois - par l'album best of de Renaud écouté au mépris de la plus élémentaire des discrétions. 



Cette fois, je me suis décidé à monter. Je n'avais jamais vu sa gueule et forcément, je me demandais un peu à quoi il allait ressembler, pas très confiant. J'ai sonné mais je ne l'ai pas vu: il n'a même pas répondu. Vingt minutes plus tard, la musique s'est enfin arrêtée. 

Du coup, aujourd'hui, j'étais franchement en pétard et je me suis dit qu'il méritait quand même de se faire calmer, bordel de merde de putain de bordel à cul. A midi, j'ai donc sonné à sa porte, une fois de plus. Et là, pardonnez-moi mais je vais passer au Présent parce que c'est plus simple.

D'abord, il n'y a pas de réponse. Je re-sonne. Cette fois, j'entends du mouvement. Puis une voix, forte et agressive: "C'EST QUI?!"

Là, je me dis "merde". J'avais espéré tomber sur un jeune étudiant boutonneux: c'est sûrement raté. Donc, je réponds, peu assuré: "Heuuuu, c'est un voisin".

La voix me répond: "ET KESKI VEUT?!".

Re-merde. "Et bien, heu, c'était au sujet de la musique, heu, qui est un peu forte, la nuit, heu".

A ce moment-là, je l'entends ouvrir ses 379 verrous. Et il m'apparaît.

Re-re-merde. Ce type a un physique à avoir couché avec sa grand-mère enfant et à tuer des prostituées. Les cheveux dégarnis, des lunettes cerclées, un teint pâle, un corps grassouillet. Et surtout, il m'ouvre la porte en marcel et en caleçon. 


Là, je me dis que je vais éviter les soucis. Très aimablement, je lui dis "bonjourjenevousdérangepas, non, ouidoncenfaitc'estlamusiquequiestunpeuforte, des fois, etdoncjemedemandaissiparhasard, hein, vouspourriezlabaisser? un peu?"

Le type me répond, un peu plus sympathiquement: "Ah, des fois, je me laisse aller. Faut frapper à la porte dans ce cas-là".

J'avais juste envie de lui répondre: "Et tu crois que j'ai ça à foutre, espèce de violeur de petits chats?" mais j'ai dit "ah d'accord...heu...c'estàdirequej'aisonnéhiermaisvousm'avezpasrépondu".

"Ah, j'ai pas dû entendre. Et sinon, vous habitez où exactement?"


Sapristi, la question piège! Je lui ai répondu la vérité, j'aurais du dire la porte en face, comme ça, c'est la petite vieille de l'immeuble qui se fera trucider à ma place quand ses pulsions meurtrières prendront le pas sur son allure (moyennement) civilisée. Mais non, j'ai merdé.

Tout ça pour dire que si un jour, le blog ne donne plus signes de vie, c'est peut-être parce que j'aurais été séquestré et assassiné dans un immeuble avec un gode ceinture en latex enfoncé dans les narines. 

A ce moment-là, vous saurez qui a fait le coup.

Mardi 29 mai 2007

IMGP0096.JPG

Figurez vous que j’ai eu la chance de remporter un concours pour aller à Cannes organisé par le Ministère de la Jeunesse, avec 60 autres d’jeun’s (j’ai 24 ans, hein) pour assister au festival. Ouais.
Il se trouve que mon amie était sélectionnée aussi, mais en tant que membre du « jury jeunes ». En gros, ça s’appelle avoir le cul bordé de nouilles. Mais bon, ça ne dure qu’une semaine.
 
CHAPITRE I - L'ARRIVEE (train couchette et suicide)
 
Je suis arrivé en cours de route, le premier dimanche. Après 11 heures de train couchette (ô joie), musicalement animée par les ronflements de mes voisins de sommeil (ô allégresse) dont un qui, en plus, parlait en dormant (ô magnificence), j’ai fini par y arriver.
A Cannes.
Ouais.
Direction l’hôtel tout de suite. A 3 dans la chambre. Vue sur la piscine mais surtout sur la mer – et ses yachts. J’ai essayé de voir s’il y avait Sarkozy dessus mais bizarrement non, il devait être au Fort de Brégançon – quel bosseur, ce mec.
Faut dire que Cannes, et je m’excuse auprès de mes nombreux lecteurs du Sud Est c’est un peu Sarkoland. Là-bas, c’est 70% de voix pour Sarkozy, 30% pour Le Pen. Il n’y a qu’un socialiste, qui se fait fouetter avec des orties chaque matin sur la place de l’Eglise. Trève de politique, ce n’était pas du tout le sujet (et tant mieux, ça repose).
 
L’hôtel donc, classe. Sauf que le premier jour, un client s’est flingué en se jetant du balcon. Mais nous ne l’avons su qu’à la fin – les Très Gentils Organisateurs ayant décidé de cacher l’info pour ne pas plomber l’ambiance – judicieuse initiative.
 
 
CHAPITRE II -  SUR LA CROISETTE (nanars et champagne à jeun)
 
Peu après, direction La Croisette. En fait, Cannes, c’est simple : c’est un boulevard.
D’un côté, les lieux de projection dont bien sûr le Grand Palais, oui oui oui, celui avec des marches rouges et tout.
Dans le Palais, on trouve aussi le marché du film – un endroit avec pleins de stands tenus par des boites de distribution qui essaient de vendre leurs films – souvent de gros nanars, des séries Z dont les affiches font rire. Des fois, il y a des cocktails où vous pouvez boire à l’œil des coupes de champagne – mais à jeun, ça fait mal quand même.
Plus loin sur le boulevard, on trouve ensuite les plages et le plateau du Grand Journal.
De l’autre côté : les hôtels. Hilton, Carlton, Martinez. Des noms qui claquent. Avec mon accréditation, j’avais le droit d’y rentrer (pas d’y dormir) et même de pisser dans les chiottes. La méga classe, hein ?
 
 
CHAPITRE III - LES PROJOS (mendiants et malaises)
 
Alors bien sûr, Cannes, c’est le cinéma. Il y a plusieurs compétitions parmi lesquelles l’officielle – celle dont tout le monde parle – et pour laquelle une accréditation ne suffit pas – il faut aussi une invitation. Précieux ticket que quémandent des festivaliers à l’entrée du Palais, une pancarte dans la main sur laquelle est marqué « Une invitation SVP ». C’est un procédé qui marche quelquefois. Notez tout de même que Cannes, c’est le seul endroit où vous verrez des mendiants en smoking. Surprenant.
Le problème pour assister aux films, c’est qu’il faut faire la queue. Sous le soleil. Longtemps. De temps à autre, une masse vous tombe dessus. Vous vous retournez et vous voyez une femme écroulée par terre, les yeux révulsés, ayant visiblement oublié de bouffer.
Ajoutez à cela des sandwichs avalés en quatrième vitesse pour ne pas être à la bourre aux projections et des kilomètres parcourus toujours sur ce même foutu boulevard de la Croisette (au bout de deux jours, j’avais tellement d’ampoules aux pieds que j’aurais pu ouvrir un Castorama dans mes pompes cirées), et résultat, quand vous arrivez dans la salle, vous êtes sur les rotules.
Parmi les 60 personnes qui étaient avec moi à Cannes, je crois que tout le monde a pioncé au moins une fois pendant un film.
Les premiers jours, c’est particulièrement inévitable. Devant le Gus Van Sant, qui était pourtant très bien, j’ai commencé à piquer du nez. Faut dire aussi que la projection était à 8h30 du matin. Redoutable.
 
Mais les projections à Cannes, c’est aussi toute une ambiance où ça siffle, ça applaudit, ça quitte la salle…Je me souviens surtout du Catherine Breillat où quelqu’un a crié « Au secours ! » en présence de l’équipe du film. Plusieurs personnes ont sursauté et se sont agitées, croyant à un malaise dans la salle. En fait, la personne voulait juste souligner la chiantitude du film. On ne se gêne pas. A la fin de la projo, Breillat pleurait – et pas de joie.
 
 
CHAPITRE IV - LES PIPOLES (De Menez à Ferrara)
 
Mais Cannes, ce sont aussi les pipoles, les fameux. Tout de suite, on pense à la montée des marches. Si vous voulez y assister, prévoyez votre tente parce qu’il y a une armée de badauds agrippée aux barrières de sécurité à chaque fois. Les gens laissent même leurs escabeaux et leurs chaises, accrochées aux barrières avec des antivols ( !!!) pour ne pas se faire piquer la place le lendemain.
 
Un mot d’ailleurs à ce sujet. Le soir, sur la plage, des petits chapiteaux abritent des fêtes. Ce qui est marrant, c’est qu’on peut voir l’intérieur de ces chapiteaux depuis le boulevard. Alors, il y a des badauds qui regardent les gens faire la fête, avec l’espoir d’apercevoir une star.
Du temps monarchique, les gens regardaient le roi chier. Aujourd’hui, les gens regardent les people se faire chier.
 
Moi-même avec des compagnons de voyage, nous avons essayé de nous incruster dans une soirée pipoles. On s’est pointé devant le bunker gris de Canal Plus en se disant que le videur ne nous laisserait jamais rentrer. Et bien figurez-vous que si ! Il a aperçu un badge autour de nos cous et sans se poser de question, il nous a ouvert la porte.
Dans l’établissement, on tombe nez à nez avec Louise Bourgoin (la miss Météo de Canal). On fait quelques pas, on arrive au beau milieu d’une pièce où dînent Denisot, Alain Delon, Ariane Massenet et toute la clique de la chaîne cryptée.
Et soudain, une femme blonde nous interpelle, nous demande qui nous a invité. « Ben heu… ».
Et on est sortis.
 
A part ça, j’en ai vu quelques-uns de people : au début c’est marrant, à la fin on s’en tape. J’ai juste serré la main à Philippe Torreton en lui disant bravo pour son engagement auprès de Ségolène Royal. Il m’a dit merci. En vrac, j’ai vu aussi Bernard Menez, Michel Leeb, Ardisson, Cauet, Mademoiselle Agnès, Bruce Toussaint (ouais), Pascal Gregory, Aki Kaurismaki, Toni Collette, Natacha Régnier, Chabat (très sympa), Maria de Medeiros, Béatrice Dalle, Besnehard, Kassovitz, Gérard Depardieu, Frédéric Mitterrand (très sympa aussi), Joaquin Phoenix, Eva (aaaa) Mendès, Asia Argento, Jane Fonda et j’en oublie…De loin, d’une terrasse du palais des festivals, j’ai aussi aperçu Brad Pitt et Angelina Jolie ainsi que Sharon Stone.
 
Un soir, avec deux compagnons de festival, on croise Abel Ferrara, beurré et défoncé, au bras d’une jeune femme et à côté d’un type. On s’en va lui serrer la main en disant « Hey Abel ? How are you ? »
 
« mrfrge yeah, nous répond-il, I’m…so…far ».

En fait, on s’est rendu compte que le type qui l’accompagnait était en train de presser la sonnerie d’un médecin de garde. Effectivement…so far…
 
 
CHAPITRE V – MA MONTEE DES MARCHES A MOI
 
Le moment le plus fort fut sans doute la montée des marches. La mienne. Le mercredi soir, à soixante. Avec nos nœuds pap’. Ca fait quelque chose.
J’ai revu l’ado que j’étais qui regardait ça en rêvassant devant sa télé.
Par hasard, j’étais en tête de peloton quand nous avons grimpé le tapis rouge. J’avais un appareil photo dans une main, mon téléphone portable dans l’autre mais je n’ai rien pu prendre. J’étais trop hypnotisé.
On passe devant les photographes qui nous flashent (certes, pas avec la même énergie que pour Brad Pitt). On entend la voix du commentateur « Et voici les soixante jeunes du Ministère de la Jeunesse qui montent les marches… ».
Je grimpe maladroitement les marches. Je regarde partout. La foule derrière nous. Les flashs. Et soudain, mes yeux se posent sur l’écran géant qui retransmet la montée pour les milliers de spectateurs aux alentours. Là, petit choc : je me rends compte que c’est ma tronche qui est à l’écran pendant ce qui m’a semblé une éternité. Je suis pétrifié. Ma tronche de con.
Je monte jusqu’au bout. Et voilà, c’est fait. Peu importe le film pour lequel je suis monté (Man from London de Bela Tarr, en l’occurrence). I did it, motherfucker.
 
 
EPILOGUE - RETOUR AU QUOTIDIEN
 
Et ainsi sont passés les jours. J’ai monté les marches deux autres fois, mais sans être annoncé et sans être filmé. Ce n’est pas du tout la même chose.
Au bout d’une semaine, hier en fait, nous sommes rentrés à la maison.
Sur le chemin du retour, je fais une halte de deux heures à Bordeaux. En patientant dans un café devant la gare, un type avec une gueule de boxeur ahuri mais une voix aigue comme s’il avait été castré m’aborde.
(voix de Bee Gees) - T’as pas une clope ?
- Non, désolé.
- Ah…Je m’appelle Antonio. Je suis SDF. Et portugais.
- Ah.
- Tu t’appelles comment ?
- Thibaut.
- Tu vas où Thibaut?
- A Poitiers.
- Poitiers ? C’est là où y a Aqualand, non ?
- Non, c’est le Futuroscope.
- Ah ouais. Ecoute, Thibaut. Si t’as un problème à la gare…ou ailleurs…Tu m’appelles, d’accord ? T’appelles Antonio. Je serai là. Parce que t’es comme mon frère, Thibaut. Ok ?
- Ok.

Retour au quotidien, donc. Mais avec des souvenirs indélébiles en plus. Ce n’est pas rien.
Jeudi 22 février 2007

Vu dans Charlie Hebdo:

 
 
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