Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s'est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis son manteau de pluie
Parce qu'il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j'ai pris
Ma tête dans ma main
Et j'ai pleuré
(Jacques Prévert)
Ce blog est légèrement ralenti et c'est normal car j'ai beaucoup de boulot. Mais je suis encore en vie.
Pour l'instant.
Depuis quelques mois, j'ai déménagé et j'habite dans un appartement au quatrième étage, ce qui est un peu haut quand on est claustro comme moi et qu'on porte un point de vue sur les
ascenseurs identiques au point des vue des prêtres traditionalistes sur les back room sadomasos. C'est "le mal".
Bref.
Depuis quelques temps, mon connard de voisin du haut écoute de la musique à fond les watts. Plusieurs fois par semaines et toujours à la même heure: vers une heure du mat'.
Je ne sais pas ce qui lui prend, ce doit être l'un des piliers de la religion des gros boulets: écouter de la variétoche française en pleine nuit.
Quelques fois, il m'est arrivé de crier dans mon lit "MOINS FORT" et le succès ne fut pas implacable. J'apprends à connaître son comportement: cet être ne connaît pas la discrétion. Même quand il
gerbe, je l'entends.
Une autre fois, je retrouve de la bouffe sur le rebord de ma fenêtre.
Mais la nuit la plus troublante se passa il y a quelques semaines: je fus réveillé par des cris atroces comme si on torturait quelqu'un. Le temps que je reprenne totalement mes esprits et les
cris s'étaient tus. N'empêche, ça interroge.
La nuit dernière, alors que j'étais parti pour dormir d'un lourd sommeil, je suis réveillé - une énième fois - par l'album best of de Renaud écouté au mépris de la plus élémentaire des
discrétions.
Cette fois, je me suis décidé à monter. Je n'avais jamais vu sa gueule et forcément, je me demandais un peu à quoi il allait ressembler, pas très confiant. J'ai sonné mais je ne
l'ai pas vu: il n'a même pas répondu. Vingt minutes plus tard, la musique s'est enfin arrêtée.
Du coup, aujourd'hui, j'étais franchement en pétard et je me suis dit qu'il méritait quand même de se faire calmer, bordel de merde de putain de bordel à cul. A midi, j'ai donc sonné à sa porte,
une fois de plus. Et là, pardonnez-moi mais je vais passer au Présent parce que c'est plus simple.
D'abord, il n'y a pas de réponse. Je re-sonne. Cette fois, j'entends du mouvement. Puis une voix, forte et agressive: "C'EST QUI?!"
Là, je me dis "merde". J'avais espéré tomber sur un jeune étudiant boutonneux: c'est sûrement raté. Donc, je réponds, peu assuré: "Heuuuu, c'est un voisin".
La voix me répond: "ET KESKI VEUT?!".
Re-merde. "Et bien, heu, c'était au sujet de la musique, heu, qui est un peu forte, la nuit, heu".
A ce moment-là, je l'entends ouvrir ses 379 verrous. Et il m'apparaît.
Re-re-merde. Ce type a un physique à avoir couché avec sa grand-mère enfant et à tuer des prostituées. Les cheveux dégarnis, des lunettes cerclées, un teint pâle, un corps grassouillet. Et
surtout, il m'ouvre la porte en marcel et en caleçon.
Là, je me dis que je vais éviter les soucis. Très aimablement, je lui dis "bonjourjenevousdérangepas, non, ouidoncenfaitc'estlamusiquequiestunpeuforte, des fois,
etdoncjemedemandaissiparhasard, hein, vouspourriezlabaisser? un peu?"
Le type me répond, un peu plus sympathiquement: "Ah, des fois, je me laisse aller. Faut frapper à la porte dans ce cas-là".
J'avais juste envie de lui répondre: "Et tu crois que j'ai ça à foutre, espèce de violeur de petits chats?" mais j'ai dit "ah
d'accord...heu...c'estàdirequej'aisonnéhiermaisvousm'avezpasrépondu".
"Ah, j'ai pas dû entendre. Et sinon, vous habitez où exactement?"
Sapristi, la question piège! Je lui ai répondu la vérité, j'aurais du dire la porte en face, comme ça, c'est la petite vieille de l'immeuble qui se fera trucider à ma place quand
ses pulsions meurtrières prendront le pas sur son allure (moyennement) civilisée. Mais non, j'ai merdé.
Tout ça pour dire que si un jour, le blog ne donne plus signes de vie, c'est peut-être parce que j'aurais été séquestré et assassiné dans un immeuble avec un gode ceinture en latex enfoncé dans
les narines.
A ce moment-là, vous saurez qui a fait le coup.
A Cannes.
De l’autre côté : les hôtels. Hilton, Carlton, Martinez. Des noms qui claquent. Avec mon accréditation, j’avais le droit d’y rentrer (pas d’y dormir) et même de pisser dans les chiottes. La méga classe, hein ?
Parmi les 60 personnes qui étaient avec moi à Cannes, je crois que tout le monde a pioncé au moins une fois pendant un film.
Les premiers jours, c’est particulièrement inévitable. Devant le Gus Van Sant, qui était pourtant très bien, j’ai commencé à piquer du nez. Faut dire aussi que la projection était à 8h30 du matin. Redoutable.
Du temps monarchique, les gens regardaient le roi chier. Aujourd’hui, les gens regardent les people se faire chier.
Et soudain, une femme blonde nous interpelle, nous demande qui nous a invité. « Ben heu… ».
Et on est sortis.
En fait, on s’est rendu compte que le type qui l’accompagnait était en train de presser la sonnerie d’un médecin de garde. Effectivement…so far…
Par hasard, j’étais en tête de peloton quand nous avons grimpé le tapis rouge. J’avais un appareil photo dans une main, mon téléphone portable dans l’autre mais je n’ai rien pu prendre. J’étais trop hypnotisé.
On passe devant les photographes qui nous flashent (certes, pas avec la même énergie que pour Brad Pitt). On entend la voix du commentateur « Et voici les soixante jeunes du Ministère de la Jeunesse qui montent les marches… ».
- Poitiers ? C’est là où y a Aqualand, non ?
- Ok.
Retour au quotidien, donc. Mais avec des souvenirs indélébiles en plus. Ce n’est pas rien.
Vu dans Charlie Hebdo:

