THE VOISIN
Ce blog est légèrement ralenti et c'est normal car j'ai beaucoup de boulot. Mais je suis encore en vie.
Pour l'instant.
Depuis quelques mois, j'ai déménagé et j'habite dans un appartement au quatrième étage, ce qui est un peu haut quand on est claustro comme moi et qu'on porte un point de vue sur les ascenseurs identiques au point des vue des prêtres traditionalistes sur les back room sadomasos. C'est "le mal".
Bref.
Depuis quelques temps, mon connard de voisin du haut écoute de la musique à fond les watts. Plusieurs fois par semaines et toujours à la même heure: vers une heure du mat'. Je ne sais pas ce qui lui prend, ce doit être l'un des piliers de la religion des gros boulets: écouter de la variétoche française en pleine nuit.
Quelques fois, il m'est arrivé de crier dans mon lit "MOINS FORT" et le succès ne fut pas implacable. J'apprends à connaître son comportement: cet être ne connaît pas la discrétion. Même quand il gerbe, je l'entends.
Une autre fois, je retrouve de la bouffe sur le rebord de ma fenêtre.
Mais la nuit la plus troublante se passa il y a quelques semaines: je fus réveillé par des cris atroces comme si on torturait quelqu'un. Le temps que je reprenne totalement mes esprits et les cris s'étaient tus. N'empêche, ça interroge.
La nuit dernière, alors que j'étais parti pour dormir d'un lourd sommeil, je suis réveillé - une énième fois - par l'album best of de Renaud écouté au mépris de la plus élémentaire des discrétions.
Cette fois, je me suis décidé à monter. Je n'avais jamais vu sa gueule et forcément, je me demandais un peu à quoi il allait ressembler, pas très confiant. J'ai sonné mais je ne l'ai pas vu: il n'a même pas répondu. Vingt minutes plus tard, la musique s'est enfin arrêtée.
Du coup, aujourd'hui, j'étais franchement en pétard et je me suis dit qu'il méritait quand même de se faire calmer, bordel de merde de putain de bordel à cul. A midi, j'ai donc sonné à sa porte, une fois de plus. Et là, pardonnez-moi mais je vais passer au Présent parce que c'est plus simple.
D'abord, il n'y a pas de réponse. Je re-sonne. Cette fois, j'entends du mouvement. Puis une voix, forte et agressive: "C'EST QUI?!"
Là, je me dis "merde". J'avais espéré tomber sur un jeune étudiant boutonneux: c'est sûrement raté. Donc, je réponds, peu assuré: "Heuuuu, c'est un voisin".
La voix me répond: "ET KESKI VEUT?!".
Re-merde. "Et bien, heu, c'était au sujet de la musique, heu, qui est un peu forte, la nuit, heu".
A ce moment-là, je l'entends ouvrir ses 379 verrous. Et il m'apparaît.
Re-re-merde. Ce type a un physique à avoir couché avec sa grand-mère enfant et à tuer des prostituées. Les cheveux dégarnis, des lunettes cerclées, un teint pâle, un corps grassouillet. Et surtout, il m'ouvre la porte en marcel et en caleçon.
Là, je me dis que je vais éviter les soucis. Très aimablement, je lui dis "bonjourjenevousdérangepas, non, ouidoncenfaitc'estlamusiquequiestunpeuforte, des fois, etdoncjemedemandaissiparhasard, hein, vouspourriezlabaisser? un peu?"
Le type me répond, un peu plus sympathiquement: "Ah, des fois, je me laisse aller. Faut frapper à la porte dans ce cas-là".
J'avais juste envie de lui répondre: "Et tu crois que j'ai ça à foutre, espèce de violeur de petits chats?" mais j'ai dit "ah d'accord...heu...c'estàdirequej'aisonnéhiermaisvousm'avezpasrépondu".
"Ah, j'ai pas dû entendre. Et sinon, vous habitez où exactement?"
Sapristi, la question piège! Je lui ai répondu la vérité, j'aurais du dire la porte en face, comme ça, c'est la petite vieille de l'immeuble qui se fera trucider à ma place quand ses pulsions meurtrières prendront le pas sur son allure (moyennement) civilisée. Mais non, j'ai merdé.
Tout ça pour dire que si un jour, le blog ne donne plus signes de vie, c'est peut-être parce que j'aurais été séquestré et assassiné dans un immeuble avec un gode ceinture en latex enfoncé dans les narines.
A ce moment-là, vous saurez qui a fait le coup.