Je vais bien, ne t'en fais pas

Publié le par Tibo

Même si le titre du nouveau film de Philippe Lioret (Tenue de soirée, Mademoiselle...) incite à l'apaisement, j'étais plutôt inquiet en allant au cinéma. L'histoire - dans une famille, le fils disparaît après une engueulade avec le père et la fille sombre en dépression jusqu'à temps de recevoir des lettres de son frère fugueur - me semblait lorgner vers le téléfilm du mercredi soir sur France 2. Du genre "drame sociétal" suivi d'un débat avec Jean-Luc Delarue...Le début du récit, avec ses plans convenus (plan sur les deux sièges de la balançoire abandonnée pour signifier l'absence du frère), semblait conforter mon préjugé.

Préjugé qui s'est transformé en erreur. La suite nous emmène vers d'autres directions, nettement plus prenantes et surprenantes.

Ainsi, le film peut se diviser en trois parties: la chute, la remontée et la vérité. La chute, c'est celle de Lili qui pleure son jumeau et maudit son père, rendu coupable de cette fugue. Privée de la moitié d'elle-même, Lili tombe en dépression, refuse de s'alimenter et se retrouve hospitalisée en psychiatrie. Ce qui nous entraîne dans quelques scènes nocturnes, très réalistes, où les anorexiques côtoient les psychotiques, sous l'oeil de médecins impuissants. Glaçant, même si Lioret ose quelques scènes d'humour noir (l'irruption dans la chambre de Lili de deux amis, dont la bonne humeur entre en collision avec la dépression morbide de sa collègue d'anorexie).

Puis, Lili reçoit des lettres de son frère, qui l'extirpent de sa souffrance. Elle revit timidement, tente de le retrouver et travaille à Shopi. Car Lili n'est pas issue d'une famille friquée et Lioret peint avec justesse la "France moyenne", sans mépris anti-peuple ni bons sentiments france-deuhesque. 

Enfin, la troisième partie, la vérité, apporte un rebondissement à ne pas révéler et une autre lumière à l'intrigue comme au propos, qui prend encore plus de force.

Je vais bien, ne t'en fais pas est un film sur la famille, la culpabilité, le deuil et la souffrance humaine. Autant de thèmes traités avec subtilité, retenue mais profondeur. Cette sobriété évite au film de sombrer dans le pathos et le choix du cadre de cette souffrance rend la description encore plus universelle, car chacun y trouvera un écho à sa propre vie, ses propres drames, réels ou redoutés.

Dans le rôle du père, personnage le plus intéressant du film, Kad Merad, physique de bloc effondré et regard perdu dans la solitude du déséspoir, est poignant.  

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Publié dans Cinéma

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Commenter cet article
S
Je l'avais vu en avant première pour le label des spectateurs UGC :<br /> http://shinobipark.over-blog.com/article-3456439.html<br /> Et je te suis dans ta critique à 100%. Biz.
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P
Un excellent film que je chroniquerais très bientot.Salutations.
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O
Et en plus elle est houpa houpa mademoiselle
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C
c'est dommage de ne pas pouvoir révéler la fin... ca mérite une bonne discution!
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K
Toutes les scènes d'intérieur, dans le pavillon, ont été tournées au bout de ma rue.<br /> Oui, oui, c'est un peu de leur gloire qui rejaillit sur moi.
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